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Le plus beau des cadeaux de Noël

Le plus beau des cadeaux de Noël

Pour ça ! Un enfant dans une crèche, entouré de parents un peu dépassés et d’animaux étrangers à la situation. Le sauveur attendu, le voilà ! On aurait préféré un vrai libérateur, apportant la victoire à un peuple occupé. On aurait préféré un vrai héros, comme on les imagine, fort, fier, royal, protégé par des gardes prêts à se battre pour lui (Jn 18,36). Au lieu de cela, « voici l’agneau de Dieu » (Jn 1,29). A la place d’un guerrier valeureux, les bergers ne voient qu’un enfant « emmailloté et couché dans une mangeoire» (Lc 2, 6.16). Au lieu d’un sauveur, un bébé déjà « emmitouflé » dans le linceul de notre finitude humaine alors que les bergers sont eux « enveloppés de la lumière glorieuse de Dieu » (Lc 2,9). L’anecdotique restera dans les crèches du monde en plâtre, en bois ou en plastique. Le Salut, lui, est déjà à l’œuvre dans notre humanité.
Mais qu’importe la qualité de nos figurines ! Nous en avons besoin pour comprendre où s’opère l’incarnation, voulue depuis toujours par un Dieu Père, débordant d’amour et de tendresse qui voit tous les jours la misère de son peuple. Ces figurines, en réalité, c’est nous ! Nos vies ne sont rien d’autre que cette crèche enfouie au milieu d’un monde qui se compte, se recense, veut être le maître de tout, des naissances comme des destinées. Il n’en est rien et, au milieu des chiffres, des grands projets, des décisions solennelles et des rêves inavoués, arrive ce bébé. Rien que ça ! Comme l’entendra, à son tour, Bernadette, en arrivant au couvent de Nevers : rien que ça ! « Eh oui ! Ce n’est que ça », la demeure du Fils de Dieu. Ce n’est que ça, son projet, vivre au plus profond de notre « humanitude » pour, non seulement nous faire participer à sa dignité (cf le rituel du baptême), mais pour faire de nos limites, de nos peurs, de nos angoisses, de nos sentiments d’abandon, le piédestal de notre vocation. Un héros télévisuel ou de cinéma ne pourrait pas comprendre. Aujourd’hui, plus que jamais, chacun de nous est cette crèche, parce qu’elle accueille et qu’elle annonce.

D’abord elle accueille le Sauveur, sans trop comprendre. Quelques instants auparavant, elle n’était qu’un abri négligeable pour quelques têtes de bétail. Elle devient l’écrin du projet de Dieu. Faisons de nos vies de nouveaux écrins de ce même projet. Accueillons, à notre tour, « le très bas » et laissons-le œuvrer au fond de nos vies : «Laisse faire » dit Jésus à Jean le Baptiste (Mt 3,15). Il nous le dit encore et encore aujourd’hui : « Laisse le projet de Dieu se réaliser dans ton cœur », « laisse l’amour de Dieu transpirer de tes actes », « laisse la patience de Dieu guider ton regard sur les autres. »
Ensuite, elle accueille le monde, grande ouverte – du moins dans nos interprétations – Nous la représentons toujours par une bâtisse à trois murs, comme ces maisons de poupée du XVIIIe siècle. Elle est ouverte aux curieux. Les bergers d’abord, et puis les sages. Et nous. D’une certaine manière, la crèche présente l’enfant comme Jésus présente, sur nos images, son Sacré-Cœur. Soyons, en cette année de mission, des crèches vivantes. Non pas des musées, non pas des vitrines, mais la demeure simple, actuelle et humble qui se laisse toujours importuner, même au milieu de la nuit (cf Lc 11,5) pour accueillir dans une atmosphère de miséricorde tous ceux qui se posent des questions.
Enfin, la crèche est le portrait de notre époque. Sans slogan tapageur, sans théorie sourde, elle nous dit, doucement, le monde que Dieu veut que nous bâtissions : un monde où le temps a son importance, où l’ordre de la nature est respecté et où la tendresse fait toujours place à la contemplation. Un monde sans exclusion ni droit d’entrée. Un monde juste humain pour que Dieu puisse réellement y faire sa demeure.
En créant nos crèches, dans nos maisons, cette année, pensons à tous ceux qui, de par le monde y ont leur place et pourtant n’y sont pas. Il nous suffit de les y ajouter alors. De simples petits cailloux  sur lesquels on aura inscrit un nom, une situation, un peuple. Ajoutons-les comme autant d’engagements dans nos vies. Nous devons bâtir nos maisons sur le roc qu’est le Christ (Mt 7,24). C’est sur ces petits galets que le Seigneur construit sa demeure.
Gérard Crozat

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