Comment aider notre enfant à digérer la rentrée ?

    Comment aider notre enfant à digérer la rentrée ?

    « Accepter quelques faux départs matinaux, quelques retards… » :
    les conseils de Doris-Milca et Pierre-Denis YVERT

    Au moment de la rentrée scolaire, que se passe t-il dans la tête d’un enfant ?

    La rentrée scolaire est un moment où la famille est souvent en ébullition. Les jeunes peuvent être préoccupés par le fait de retrouver leurs camarades, d’être dans une classe avec « un bon prof» (Celui avec lequel ils se sentent en confiance). Il se peut aussi que ce soit, pour le jeune, l’occasion de repenser aux joies de l’année précédente et aux difficultés qu’il a vécues (les évaluations, les devoirs, le fait de respecter les horaires de la vie quotidienne…). Souvent, le jeune discute de tout cela quelques semaines avant la rentrée, en entendant ses parents aborder ce sujet. Parents et jeunes parlent alors des études, de cette nouvelle année, des nouveaux projets, de la nouvelle organisation de famille… Ils se rassurent ainsi mutuellement en accordant les attentes des uns et des autres. En effet, les jeunes et les adultes n’ont pas la même notion du temps : le parent se projette sur l’année, de manière globale en fonction de toutes les activités du quotidien. Alors que le jeune pense essentiellement en fonction de ses centres d’intérêt…tout un programme !

    Les parents sont occupés ou préoccupés par les nouvelles logistiques à mettre en place.
    L’enfant subit-il la même agitation ?

    Lorsque l’année précédente a été difficile, parents et/ou enfants, sont tentés de mettre les problèmes de côté.  Mais, même si l’on met tout ça dans un coin de sa tête pendant quelques semaines, on n’oublie pas vraiment ! C’est d’ailleurs difficile de se replonger dans ces problématiques lorsqu’elles ne sont pas résolues. Cela peut se traduire par des peurs tout-à-fait identifiées : peur de ne pas réussir, peur de vivre à nouveau les disputes avec ses parents, peur de l’enseignant(e), peur de ne pas avoir d’amis. Dans ce cas, l’enfant est capable de mettre des mots sur ce qui ne va pas. Discuter, rassurer, encourager, écouter sont les bons outils pour avancer en famille. 

    L’enfant peut aussi ressentir un malaise inexpliqué qu’on appelle « angoisse » : Il ne peut pas expliquer ce qu’il ressent. L’angoisse se manifeste par le corps à travers des difficultés à respirer calmement, des douleurs (mal au ventre, à la tête), une agitation plus importante (il ne tient pas en place, se fait plus souvent remarquer), des troubles du sommeil ou d’appétit… On peut aussi remarquer des attitudes inhabituelles comme le fait d’avoir des difficultés à être attentif (il est dans la lune, il renverse son verre régulièrement, il tombe, se cogne plus souvent…). Dans ce cas, il est nécessaire de l’aider à identifier ce qui ne va pas, de proposer des temps de parole en famille et des temps individuel (parent-jeune) pour libérer la parole. Le vrai problème c’est de ne pas en parler ; identifier le problème étant le début de sa résolution !

    En cette période difficile liée à la crise sanitaire, le jeune est amené à entendre ses parents aborder des sujets complexes. Il est bon de savoir les associer à ces sujets par moment mais aussi de prendre soin de les épargner car cela reste anxiogène. Concrètement, il faut parler en famille du masque, des gestes barrières, de tout ce que ça dérange etc. mais le temps des discutions pour prendre des décisions se passe d’abord entre adultes. Viendra, par la suite, l’exposition des décisions aux jeunes afin de les accompagner, de les rassurer.  

    Comment aider son enfant à passer sereinement du mode vacances au mode école, d’un rythme détendu à un rythme très organisé ?

    La rentrée scolaire raisonne de différentes manières selon les familles : top départ de l’année, moment inédit, jour comme un autre… Chacun y met ses représentations. Il n’empêche que cette période signe la transition entre les vacances et le rythme de l’année ordinaire. Sans en faire un moment trop chargé émotionnellement, donc stressant, il s’agit de considérer cette période avec joie et que cela dure dans le temps !

    Dans l’idéal, une reprise progressive est adaptée : reprendre le rythme une semaine avant la rentrée.  En réalité, il faudra nécessairement que chacun s’adapte petit-à-petit. Il faudra accepter quelques faux départs matinaux, quelques retards, des oublis voire quelques tensions. Le décalage entre l’idéal et la réalité fera partie du programme dans la majeure partie des cas. Ne pas se mettre des exigences irréalisables, organisation progressive, apprentissage par essai-erreur, ajustement seront alors de bons outils pour traverser cette période. 

    Le jeune a besoin d’être accompagné pour structurer son temps, et cela le sécurise. Construire un emploi du temps avec lui peut lui permettre de comprendre ce que son parent attend. Il est essentiel d’y inclure des temps de repos, de détente, de jeux, de sorties pour qu’il se représente une vie quotidienne équilibrée avec des sas de décompression. Le quotidien ne doit pas être seulement travail, exigence, horaires. 

    Pour réaliser cela, il sera nécessaire pour les parents d’anticiper l’organisation de la famille et particulièrement en cette période de rentrée « le temps que ça roule. » Enfin, le jeune apprend en regardant ses parents. S’ils sont eux-mêmes organisés, cohérents, à l’écoute de l’enfant au retour de l’école, alors le jeune a une plus grande probabilité de l’être à son tour. Alors commençons par nous !

    La rentrée scolaire est aussi le moment où les parents inscrivent leurs enfants à des activités, parfois multiples. Est-ce vraiment le bon moment ? Quelle est la limite à ne pas franchir ?

    En début d’année, se pose la question des inscriptions aux activités extra-scolaires. Au-delà du casse-tête logistique que cela pose, il est essentiel de construire ce projet avec le jeune. Le rôle parental est d’aiguiller son enfant en lui montrant d’autres compétences, qualités, talents qu’il pourrait développer dans un autre cadre que celui de l’école. Les activités extra-scolaires peuvent alors être, pour le jeune, tant une respiration dans sa semaine, qu’une manière de s’exprimer autrement (les activités artistiques par exemple). La difficulté du côté des parents est de ne pas projeter ses propres souhaits, envies, rêves sur son enfant. Il est donc intéressant que le parent se pose les questions suivantes : dans quel domaine mon enfant est-il épanoui ? Quelles sont ses qualités, talents naturels ? Quelles sont ses facilités ? Qu’est-ce qu’il aime faire ?

    Ce projet pourra se concrétiser si cela n’empiète pas sur le travail scolaire qui reste la priorité. Les enjeux des activités extra-scolaires ne sont pas du même niveau que ceux demandés pour l’instruction. C’est l’occasion d’apprendre à l’enfant à prioriser. A travers les activités extra-scolaires, le jeune construit un autre rapport au savoir : il devient alors acteur de son savoir, il décide d’apprendre librement, par envie, pour découvrir, pour essayer, pour oser et non pas parce qu’il doit le faire (en première intention). Le jeune apprend ainsi à s’engager librement, à relever des défis, à repérer ses limites, à l’aide de ses parents. Ils sont en effet garant de l’équilibre de leur enfant, c’est à dire veiller à ce que l’activité ne soit pas trop lourde par rapport au travail scolaire, que l’enfant prenne vraiment globalement du plaisir. Enfin, ce projet peut durer dans le temps s’il respecte l’équilibre familial. En extrapolant, il ne s’agit pas de construire des emplois du temps parallèles où il n’y a plus de place pour être en famille. Il s’agit d’épanouir la famille par la joie que cela prodigue, en sachant que ce qui rend heureux demande de l’effort. Ce n’est pas toujours facile mais cela porte toujours du fruit. 

    Doris Milca YVERT , Psychologue
    Cabinet  Écoute et conseils 5 rue Schrader 65000 Tarbes
    07 50 08 52 79

    Pierre-Denis YVERT, Psychologue

    Hélène Perez
    Conseil conjugal et familial / fertilité
    06 10 73 31 06